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Aujourd’hui, les pays du Tiers-Monde consacrent une
part importante des leurs budgets au remboursement pour leur dette,
ce qui empêche tout développement social durable. Malgré les
programmes d’ajustement structurel mis en place, le Sud se retrouve
quatre fois plus endetté qu’en 1982, alors qu’il a déjà remboursé
trois fois et demi la somme qu’il devait à l’époque. Le pire est que
la population actuelle a peu profité des capitaux empruntés, à
fortiori avec les Plan d’Ajustement Structurel. La crise de
l’endettement des pays du Tiers-monde a éclaté en 1982. Elle est due
à trois facteurs majeurs : la chute des revenus d’exportation du
Tiers-monde, l’augmentation des taux d’intérêt du service au service
la dette, la diminution des flux de capitaux. Les grands pays du
Nord se sont ensuite servis de l’endettement « comme d’un redoutable
outil pour refaçonner le monde selon les nouveaux codes qu’ils
élaboraient », précise Sophie Bessis, historienne et journaliste.
Pris dans la spirale d’emprunter pour rembourser, les pays du
Tiers-Monde, certains possédant pourtant d’importantes richesses,
ont détourné les moyens de développement. On aurait tendance à
expliquer le surendettement des pays du Sud comme l’héritage de
gouvernements corrompus. Or, même si l’idée n’est pas entièrement
incorrecte, les causes en sont multiples. Chocs extérieurs,
dépendance par rapport aux produits de base, « plans d’ajustements »
tronqués et orientés à d’autres fins que le redressement économique,
tous ces éléments ont joué un rôle décisif dans la crise de la
dette. Retour sur un demi-siècle de débâcle économique, sur fond de
tragédie humaine.
D’où vient la dette ?
Trois intervenants, les banques privées, les Etats du Nord et
la Banque mondiale, sont à l’origine de l’augmentation fulgurante de
la dette. Dès les années cinquante, les banques occidentales vont
rechercher des débouchés et des investissements pour les «
eurodollars » qui stagnent dans les banques occidentales. Les pays
du Tiers-monde, nouvellement décolonisés, sont, eux, à la recherche
de capitaux pour financer leur développement. Les banques vont donc
proposer des taux faibles pour inciter à emprunter. C’est ce qu’on
appelle la partie privée de la dette extérieure des Pays en
Développement (PED). D’autres part, en juin 44, le président
Roosevelt, ainsi que les dirigeants économiques de 44 pays ont formé
la Banque mondiale, dans l’optique de créer un nouvel ordre
économique mondial. Cette institution favorisera les emprunts aux
PED afin de les connecter au marché mondial et de rendre
opérationnel leur appareil d’exportation. C’est la partie
multilatérale de la dette extérieure. Les Etats du Nord sont le
troisième intervenant. En pleine expansion économique – les Trente
glorieuses - ces pays sont à la recherche de débouchés à leurs
d’exportations. Les prêts seront des crédits d’exportation. Les pays
octroient une somme à condition que cette somme serve à acheter
leurs produits. C’est la partie bilatérale de la dette
extérieure.
Pillage ou échanges ?
L’accélération excessive des prêts se fera à partir de 1968
et l’arrivée à la tête de la Banque Mondiale de Robert McNamara, un
des protagonistes américains de la guerre du Viêtnam. Les prêts
seront multipliés de manière considérable ( par 10 pour les alliés
des Etats-Unis) mais sous condition. En effets, les buts recherchés
sont clairs. En pleine guerre froide, les prêts sont octroyés aux
alliés stratégiques afin de maintenir (ou élargir) les zones
d’influence américaine (Mobutu au Zaïre, les dictatures argentine et
chilienne, etc). Ils servent également à freiner leur politique de
développement indépendantiste et tournée vers la satisfaction des
besoins intérieurs, dans le sillage de celle de Nasser en Egypte
lors de la crise du canal de Suez (1956), de Surkarno en Indonésie,
de Goulart au Brésil (renversé en 1964). Allende sera renversé en
1965. De plus, afin de connecter les économies de la périphérie au
marché mondial (dominé par le Nord), des projets démagogiques, les «
éléphants blancs », sont encouragés : le barrage de l’Inga dans
l’ex-Zaïre, le barrage sur la Narvada en Inde. McNamara imposera
également l’abandon des cultures vivrières au profit des cultures
d’exportation. Autant de désastres écologiques et humains qui
ruinèrent les dépenses publiques.
Jeu de dupes
Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont bouleversé
l’économie transnationale occidentale. Pour sortir de la crise, les
Etats-Unis tentent alors de relancer la machine capitaliste
américaine. A la fin de l’année 1979, Paul Volcker, directeur de la
Banque américaine, décide d’augmenter les taux d’intérêts dans le
but d’attirer les capitaux. Or les taux d’intérêts des emprunts
accordés aux PED sont liés aux taux américains. Atteignant les 4-5%
dans les années 70, les taux grimpent jusque 17-18%. Les règles du
jeu ont été modifiées. Le Sud doit rembourser trois fois plus que ce
qu’il a emprunté. Le piège est refermé. D’autre part, le cours des
matières premières et des produits agricoles que le Sud exportent
chute vertigineusement. (rappel:
malgré le NOE). En effet, afin d’acquérir des devises pour
rembourser leurs dettes, les pays exportent de plus en plus, ce qui
fait baisser les cours. Le processus devient cumulatif, les pays
doivent contracter de nouveaux emprunts pour rembourser leurs
échéances. Le Tiers-monde devient insolvable Dès 1982, c’est la
crise de la dette.
Plan de « soumission » structurelle
A
la fin de l’année 1982, Le « Club de Paris» (1), le « Club de
Londres» (2) et la Banque Mondiale s’inquiètent d’une asphyxie du
système monétaire international. Le FMI (Fond Monétaire
International) engage un programme d’ « ajustement structurel » afin
de permettre au pays de continuer à rembourser leur dette. Ces plans
d’ajustement ne font qu’entretenir les dépendances vis-à-vis du Nord
et empêchent tout redressement économique et social (voir
encadré). Sans oublier la fragilité des régimes du Tiers-monde.
Les emprunts contractés par les dirigeants du Sud n’ont que très peu
profité à la population. Les régimes dictatoriaux, alliés
stratégiques des grandes puissances occidentales face à l’URSS, ont
ainsi détourné des fortunes colossales. Les sommes empruntés aux
banques étaient replacées dans ces mêmes banques, les dictateurs
prélevant au passage leur commission. Les exemples sont nombreux :
Mobutu au Zaïre, les Duvaliers à Haïti, Suharto en Indonésie. En
bref, la population voit ses revenus baisser, les prix augmenter et
les aides publiques fondre. L’Etat se désintègre et la dette
continue de croître.
(1) Le « Club de Paris », regroupe les gouvernements du Nord
en tant que créanciers (2) Le « Club de Londres », réunit les
banques privées du Nord
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