NEOCOLONIALISME

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La crise de la dette

Thomas Gadisseux

D’où vient la dette ? - Pillage ou échanges ? - Jeu de dupes - Plan de « soumission » structurelle

Aujourd’hui, les pays du Tiers-Monde consacrent une part importante des leurs budgets au remboursement pour leur dette, ce qui empêche tout développement social durable. Malgré les programmes d’ajustement structurel mis en place, le Sud se retrouve quatre fois plus endetté qu’en 1982, alors qu’il a déjà remboursé trois fois et demi la somme qu’il devait à l’époque. Le pire est que la population actuelle a peu profité des capitaux empruntés, à fortiori avec les Plan d’Ajustement Structurel. La crise de l’endettement des pays du Tiers-monde a éclaté en 1982. Elle est due à trois facteurs majeurs : la chute des revenus d’exportation du Tiers-monde, l’augmentation des taux d’intérêt du service au service la dette, la diminution des flux de capitaux. Les grands pays du Nord se sont ensuite servis de l’endettement « comme d’un redoutable outil pour refaçonner le monde selon les nouveaux codes qu’ils élaboraient », précise Sophie Bessis, historienne et journaliste. Pris dans la spirale d’emprunter pour rembourser, les pays du Tiers-Monde, certains possédant pourtant d’importantes richesses, ont détourné les moyens de développement. On aurait tendance à expliquer le surendettement des pays du Sud comme l’héritage de gouvernements corrompus. Or, même si l’idée n’est pas entièrement incorrecte, les causes en sont multiples. Chocs extérieurs, dépendance par rapport aux produits de base, « plans d’ajustements » tronqués et orientés à d’autres fins que le redressement économique, tous ces éléments ont joué un rôle décisif dans la crise de la dette. Retour sur un demi-siècle de débâcle économique, sur fond de tragédie humaine.

D’où vient la dette ?

Trois intervenants, les banques privées, les Etats du Nord et la Banque mondiale, sont à l’origine de l’augmentation fulgurante de la dette. Dès les années cinquante, les banques occidentales vont rechercher des débouchés et des investissements pour les « eurodollars » qui stagnent dans les banques occidentales. Les pays du Tiers-monde, nouvellement décolonisés, sont, eux, à la recherche de capitaux pour financer leur développement. Les banques vont donc proposer des taux faibles pour inciter à emprunter. C’est ce qu’on appelle la partie privée de la dette extérieure des Pays en Développement (PED). D’autres part, en juin 44, le président Roosevelt, ainsi que les dirigeants économiques de 44 pays ont formé la Banque mondiale, dans l’optique de créer un nouvel ordre économique mondial. Cette institution favorisera les emprunts aux PED afin de les connecter au marché mondial et de rendre opérationnel leur appareil d’exportation. C’est la partie multilatérale de la dette extérieure. Les Etats du Nord sont le troisième intervenant. En pleine expansion économique – les Trente glorieuses - ces pays sont à la recherche de débouchés à leurs d’exportations. Les prêts seront des crédits d’exportation. Les pays octroient une somme à condition que cette somme serve à acheter leurs produits. C’est la partie bilatérale de la dette extérieure.

Pillage ou échanges ?

L’accélération excessive des prêts se fera à partir de 1968 et l’arrivée à la tête de la Banque Mondiale de Robert McNamara, un des protagonistes américains de la guerre du Viêtnam. Les prêts seront multipliés de manière considérable ( par 10 pour les alliés des Etats-Unis) mais sous condition. En effets, les buts recherchés sont clairs. En pleine guerre froide, les prêts sont octroyés aux alliés stratégiques afin de maintenir (ou élargir) les zones d’influence américaine (Mobutu au Zaïre, les dictatures argentine et chilienne, etc). Ils servent également à freiner leur politique de développement indépendantiste et tournée vers la satisfaction des besoins intérieurs, dans le sillage de celle de Nasser en Egypte lors de la crise du canal de Suez (1956), de Surkarno en Indonésie, de Goulart au Brésil (renversé en 1964). Allende sera renversé en 1965. De plus, afin de connecter les économies de la périphérie au marché mondial (dominé par le Nord), des projets démagogiques, les « éléphants blancs », sont encouragés : le barrage de l’Inga dans l’ex-Zaïre, le barrage sur la Narvada en Inde. McNamara imposera également l’abandon des cultures vivrières au profit des cultures d’exportation. Autant de désastres écologiques et humains qui ruinèrent les dépenses publiques.

Jeu de dupes

Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont bouleversé l’économie transnationale occidentale. Pour sortir de la crise, les Etats-Unis tentent alors de relancer la machine capitaliste américaine. A la fin de l’année 1979, Paul Volcker, directeur de la Banque américaine, décide d’augmenter les taux d’intérêts dans le but d’attirer les capitaux. Or les taux d’intérêts des emprunts accordés aux PED sont liés aux taux américains. Atteignant les 4-5% dans les années 70, les taux grimpent jusque 17-18%. Les règles du jeu ont été modifiées. Le Sud doit rembourser trois fois plus que ce qu’il a emprunté. Le piège est refermé. D’autre part, le cours des matières premières et des produits agricoles que le Sud exportent chute vertigineusement. (rappel: malgré le NOE). En effet, afin d’acquérir des devises pour rembourser leurs dettes, les pays exportent de plus en plus, ce qui fait baisser les cours. Le processus devient cumulatif, les pays doivent contracter de nouveaux emprunts pour rembourser leurs échéances. Le Tiers-monde devient insolvable Dès 1982, c’est la crise de la dette.

Plan de « soumission » structurelle

A la fin de l’année 1982, Le « Club de Paris» (1), le « Club de Londres» (2) et la Banque Mondiale s’inquiètent d’une asphyxie du système monétaire international. Le FMI (Fond Monétaire International) engage un programme d’ « ajustement structurel » afin de permettre au pays de continuer à rembourser leur dette. Ces plans d’ajustement ne font qu’entretenir les dépendances vis-à-vis du Nord et empêchent tout redressement économique et social (voir encadré). Sans oublier la fragilité des régimes du Tiers-monde. Les emprunts contractés par les dirigeants du Sud n’ont que très peu profité à la population. Les régimes dictatoriaux, alliés stratégiques des grandes puissances occidentales face à l’URSS, ont ainsi détourné des fortunes colossales. Les sommes empruntés aux banques étaient replacées dans ces mêmes banques, les dictateurs prélevant au passage leur commission. Les exemples sont nombreux : Mobutu au Zaïre, les Duvaliers à Haïti, Suharto en Indonésie. En bref, la population voit ses revenus baisser, les prix augmenter et les aides publiques fondre. L’Etat se désintègre et la dette continue de croître.

(1) Le « Club de Paris », regroupe les gouvernements du Nord en tant que créanciers
(2) Le « Club de Londres », réunit les banques privées du Nord