L’organisation du transport
ferroviaire en France et en Europe
jeudi 29
avril 2004
Bonjour,
La prochaine réunion des lecteurs et
amis du Monde diplomatique se tiendra samedi
15 mai 2004 à 17
h à la mairie de Versailles : salle St
Exupéry dans les sous-sols de la mairie. (entrée à gauche de
l’escalier central). Jacques Boutet nous présentera l’état des
entreprises de chemins de fer européens et plus
particulièrement français.
Quelques grandes dates du chemin de
fer : la plupart des grands réseaux se constitue au 19ème
siècle.
1825, mise en service de la
première voie ferrée, en Angleterre, près de Newcastle. Cette ligne
était destinée exclusivement au transport du charbon.
1827, mise en service de la
première voie ferrée, en France, elle reliait Saint-Etienne à
Andrézieux et, servait au transport du charbon vers la région
parisienne.
1830, installation de la première
ligne du chemin de fer assurant le transport de voyageurs, entre
Liverpool et Manchester.
1832, première ligne régulière de
transport de voyageurs en France entre Saint-Etienne et
Andrézieux.
1833, le législateur français
fait du chemin de fer une "chose publique" et pose la concession
comme forme de gestion de ce bien public.
1938, création de la S.N.C.F
issue de la fusion de sept réseaux de chemin de fer, dont cinq
étaient gérés par des compagnies privées (Est, Nord, Paris-Orléans
et Midi qui avaient fusionné, Paris-Lyon-Méditerranée) et deux par
l’état (Ouest-Est et l’Alsace-Lorraine). Le décret-loi du 31 août
1937 lui donne le statut de Société Anonyme par actions de droit
commun, contrôlée à 51% par l’Etat, en charge du réseau concédé.
1982, en France, Loi
d’orientation des transports intérieurs. L’article 18 précise que la
SNCF est chargée d’exploiter, d’aménager, de développer, selon les
principes du service public, le réseau ferré national.
1983, nouveau statut de la
S.N.C.F : elle devient établissement public industriel et
commercial (EPIC). Elle doit répondre aux obligations
mentionnées dans un cahier des charges et suivre une politique
précisée par un plan d’entreprise.
1993, privatisation de British
Rail qui coûte des milliards de livres aux contribuables
britanniques. Une cinquantaine d’entreprises privées se sont
partagées British Rail à bon prix au détriment de l’Etat. Les
sociétés privées n’investissent pas dans le réseau, et n’améliorent
pas la sécurité. Leur seule priorité est de dégager, le plus
rapidement, les plus gros profits possibles. L’accent est mis sur la
baisse des coûts, en multipliant le recours à la sous-traitance
(personnel peu ou pas formé pour payer les salaires les plus bas
possibles). Ce qui aboutit aux grandes catastrophes ferroviaires de
Paddington en 1999 (31 morts), d’Hatfield en 2000 (4 morts) et de
Pottter’s Bar en mai 2002 (7 morts).
1997, création par la loi 97-135
de Réseau Ferré de France, chargé de la gestion de l’infrastructure
ferroviaire nationale et, en conséquence, de la dette de la SNCF
correspondant aux infrastructures, mais aussi aux investissements à
venir.
1998, Railtrack, la société
gestionnaire du réseau ferré britannique a dégagé un
bénéfice historique de 800 millions d’euros alors même que la
société ne remplissait aucun de ses devoirs. Cette année-là, les
bénéfices cumulés des sociétés du rail se sont élevés à 1,7
milliards d’euros, sans compter les 2,7 milliards d’euros de
subventions publiques. Le cours des actions s’est envolé, assurant
aux porteurs de juteuses plus-values boursières. Aujourd’hui, en
Grande-Bretagne, non seulement les trains sont systématiquement en
retard et les risques d’accident réels, mais en plus ce mode de
transport est très coûteux. Sur un trajet de même kilométrage, le
billet coûte deux à trois fois plus cher en Grande-Bretagne qu’en
France.
2002, le régulateur du rail
anglais (la SRA) n’a eu d’autre choix que de retirer purement et
simplement la licence d’exploitation de la compagnie ferroviaire
Connex (filiale de Vivendi Environnement devenu Veolia) pour
les dessertes du sud-est de Londres, et des régions du Sussex et du
Kent. Mal gérée, la société cumulait des retards systématiques avec
des wagons insalubres. Connex transporte alors 132 millions de
passagers par an en assurant 1800 trajets quotidiens. Le
régulateur du rail lui avait précédemment accordé 58 millions de
livres de subventions pour "stabiliser" sa qualité de service. En
pure perte, puisque quelques mois plus tard, Connex accumulait les
amendes pour ses lamentables prestations et réclamait quatre fois
plus d’aides publiques. La licence de Connex sera reprise par la
compagnie South East Trains, créée de toute pièce par la SRA.
2003, dix ans après la
privatisation de British Rail, le gouvernement britannique
travailliste a placé Railtrack sous tutelle, puis l’a transformée en
société à but non lucratif et rebaptisée Network Rail. Bel exemple
de socialisation des pertes : Network Rail a repris les dettes
de Railtrack (9,3 milliards de livres) et a touché 21 milliards de
livres de la part du gouvernement pour les rembourser et financer
les investissements. Le chemin de fer britannique est privé et
subventionné par l’Etat. Sur les dix prochaines années, la société
Network chiffre à 54 milliards la remise en état du réseau
ferré britannique. Elle prévoit le licenciement de 2500 de ses 14
000 employés, pour diminuer ses coûts.
Le transport ferroviaire en
concurrence avec le réseau routier et aérien.(choix
politique)
Le transport ferroviaire est
historiquement le parent pauvre du secteur public, en France comme
en Europe, en raison notamment de la priorité accordée à
l’automobile depuis la seconde moitié du 20ème siècle. Alors que le
développement du réseau routier (autoroutes et routes secondaires)
s’est fait sur fonds publics, le développement du rail a lui, été
financé par la SNCF en France, sur ses ressources propres et par
endettement. Contraintes dans leurs moyens financiers, les
compagnies ferroviaires européennes ont donc limité leurs
investissements au trafic jugé prioritaire : celui des
passagers. En délaissant le trafic de marchandises, le fret
transporté par la SNCF est aujourd’hui inférieur de 27% par rapport
à 1980. Le transport de marchandises a donc rapidement migré vers la
route qui proposait deux avantages : des tarifs bien moins
élevés que ceux du train, et une flexibilité totale, gage
d’efficacité économique pour les industriels. Les pertes étant
jugées encore trop importantes, la SNCF s’est mise à fermer des
gares, à supprimer des liaisons régionales, alors même que tous les
politiques vantaient les mérites du train comme outil exemplaire
dans l’aménagement du territoire.
En 1995, la grève déclenchée pour
combattre le plan Juppé sur les retraites a surtout révélé le
profond malaise des cheminots. Au lieu d’utiliser cette crise, pour
mettre en place un plan ambitieux de relance du ferroviaire, le
gouvernement Juppé s’en est servi pour justifier une réforme
aboutissant, à terme, au démantèlement de l’entreprise en suivant à
la lettre les prescriptions de la Commission Européenne. En
1991, dans la discrétion, les pays de l’Union Européenne se
sont accordés pour ouvrir progressivement le rail à la concurrence
en posant deux principes :
- la séparation comptable des activités des compagnies
ferroviaires publiques pour empêcher que les activités rentables
(comme le trafic voyageur grande ligne) ne financent les activités
déficitaires (comme le fret ou le transport régional)
- la séparation de la gestion de l’infrastructure (les rails) de
la fourniture du service de transport
La réforme mise en oeuvre en 1997
respecte ces deux grandes règles européennes : la gestion de
l’infrastructure a été confiée à un établissement public indépendant
baptisé Réseau Ferré de France (RFF), et la SNCF gère la fourniture
du service de transport. La compagnie publique a voulu aller plus
loin dans cette logique : répartir ses moyens humains et
techniques entre ses différentes activités. En vain jusqu’à présent,
les cheminots (et plus particulièrement les conducteurs) ayant
compris les dangers de cette politique, facilitant à terme la
filiation ou la vente des activités. Les gouvernements ont largement
expliqué que cette réforme visait à désendetter la compagnie
ferroviaire pour lui redonner les moyens d’investir. Il n’en est
rien. Entre 1997 et 2002, la dette a augmenté de 9 milliards d’euros
pour s’établir, à la fin 2002, à 50 milliards d’euros. Ni RFF, ni la
SNCF n’ont les moyens financiers pour moderniser le réseau et
construire les nouvelles voies qui seraient nécessaires pour
faciliter le trafic fret. D’ailleurs, les pays qui, comme
l’Allemagne, ont déjà ouvert le fret à la concurrence, n’ont pas
enregistré de hausse de ce trafic, contrairement à ce que Bruxelles
avait promis. Les 15 milliards d’euros nécessaires au niveau
européen pour disposer d’un réseau ferroviaire dédié au fret intra -
européen ne sont toujours pas financés. En revanche, le
démantèlement du système ferroviaire est en bonne voie. La
régionalisation en constitue une étape clé. L’idée d’impliquer les
élus locaux dans la gestion du trafic local et faire financer cette
activité par les conseils régionaux (ce que l’Etat se refusait à
faire) peut paraître bonne. Mais les régions, dont les moyens
financiers sont limités, voudront diminuer le coût de cette
activité. La Commission Européenne travaille déjà sur un texte
obligeant l’ouverture à la concurrence du trafic passager régional.
La même évolution sera imposée aux grandes lignes traditionnelles
(non TGV) qui sont déficitaires : alors que ces liaisons sont
subventionnées par l’Etat dans l’aérien, la SNCF ne reçoit pas
d’aide publique. Progressivement, ligne après ligne, activité après
activité, l’ensemble du secteur va donc passer sous la coupe des
opérateurs privés.
La prochaine
réunion sera le 19 juin à 17h. Nous parlerons du livre
« Ces armes qui mènent le monde », Editions du Lieu
Restauré, avec ses auteurs Pierre Chavance et Pierre Bouvier .
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